Texte de Pierre Loeb ( I )

1953 Pierre Loeb

Si nous attendons de la peinture les effets d’une drogue ou d’un excitant ; si nous nous essoufflons à pourchasser la dernière trouvaille, ou nous satisfaisons des jeux de l’esprit dits poétiques ; si nous ne pouvons parler d’art moderne sans nous référer aux recherches spatiales, au  » déclin de l’Occident « , aux conquêtes de la science, Georges Romathier ne saurait être notre homme : son art n’appartient pas à l’idée qu’on se fait aujourd’hui de l’avant-garde.
Mais ici, pas de  » littérature « , pas de proie facile pour la plume des poètes, ni pour le langage hermétique d’une certaine critique ; pas de cette  » peinture-peinture  » non plus, propre à chatouiller le palais des amateurs de  » belle matière « , ni d’académisme cézannien, mondrianesque ou autre.
S’il est visible que les tableaux de Romathier ne pourraient avoir été faits à une autre époque, on ne peut s’empêcher d’évoquer devant eux une tradition qui remonte à Venise et à Tolède.
Il est difficile aujourd’hui, certes, de parler ainsi sans paraître démodé ou réactionnaire. Mais il faut maintenant épouser les signes de la décadence, ou bien être dans l’espoir ; croire à la mort de l’art plastique ou à sa survie.
Romathier, sain et solide, — ce qui n’est pas incompatible avec la sensibilité et une belle culture picturale —, nous montre une peinture jeune encore, mais pleine d’avenir, née de l’intérieur, poussée de l’intérieur vers la surface, comme cela doit être, et qui existe, riche de pensée, de sève, de vie, de signification.
il serait évidemment absurde de considérer cette démarche comme la seule valable, mais Romathier est un de ceux qui nous paraissent capables, par les voies de la peinture, de communiquer ces sensations profondes qui, depuis des millénaires, ont transmis l’Histoire de l’Homme et de sa relation à l’Univers.
Et qu’importent les thèmes choisis ? Chez d’autres, et depuis un lointain passé, une scène religieuse, une bataille, une pomme, un visage, un nu, le ciel, un brin d’herbe, le frisson de l’eau d’un lac, un souvenir, l’acharnement à martyriser les formes pour en comprendre le secret, ont servi de support dans cette éternelle tentative de l’homme à percer le mystère de la Création.
C’est ce qu’ici cherche à son tour Romathier, par l’intermédiaire d’un branchage avec ses nœuds et ses ramifications organiques ; et la forêt surgit, l’univers est une fois de plus appréhendé, la poésie authentique inconsciemment révélée.
Avec quelques autres, ce peintre tend vers un art qui, reprenant son  » poids « , ne se contentera plus d’émotions passagères, de charme ou de saveur, afin de jouer son rôle éternel : exprimer l’Homme.

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